The wake-up call

Il coupa le contact et nous restâmes dans le noir. Cela me ramena brusquement à la réalité parce que j’avais complètement l’esprit ailleurs. La lune projetait un filet de lumière à travers le pare-brise et je pus distinguer ses traits. Il grinçait des dents. Il n’était pas content. Et le pire dans tout ça, je ne pouvais pas savoir à quoi il pensait.

Il défit sa ceinture de sécurité et se tourna vers moi. Il retira ses lunettes et les posa sur le tableau de bord. On aurait dit que j’étais transparente et qu’il pouvait tout savoir rien qu’en posant les yeux sur moi. Il avait aussi cette faculté à créer une ambiance zen et paisible autour de lui. Ce qui explique pourquoi je sentis en moi un immense soulagement.

Mon cerveau arrêta brusquement de produire sa ration excessive de pensées négatives et ce fut le calme absolu dans mon esprit. Tout ce que je percevais, c’était la brise du dehors (les vitres étaient baissées) qui me caressait le cou et son parfum qui m’apaisait. Une odeur tellement irrésistible. À ce moment précis j’aurais aimé perdre mon nez dans ce t-shirt noir pour profiter pleinement de cette senteur.

Toutefois, il brisa le silence.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

La question me prit au dépourvu. Je m’étais attendue à tout sauf à ça. Je pensais avoir caché mon jeu suffisamment bien.

– Rien, pourquoi ?

Il prit une grande et interminable inspiration.

– Je te le demande une deuxième fois, qu’est ce qui ne va pas ? Tu n’es pas toi-même depuis qu’on est montés dans la voiture. Tu sais que tu peux tout me dire pas vrai ?

Bien sûr que je le sais parfaitement. Le hic est que, comment dire à une personne qui vous plait vraiment que vous avez envie de vous jeter sous un gros camion pour en finir avec tout ce merdier sans qu’elle ne vous regarde comme on regarde les fous dans les rues ?

Je le regardai et je sus, par son regard, qu’il attendait une réponse. Il n’était que 17 heures, il n’était pas pressé et mon couvre-feu était 21 heures. Il y avait de grandes chances de détruire toutes les possibilités pour qu’il puisse être intéressé à moi un jour après ma confession, mais bon.

– Je ne veux plus vivre.

Il s’accouda sur le volant. Les traits de son visage étaient devenus beaucoup plus sérieux.

– Et pourquoi ?

Je le savais.

– Parce que vivre me demande beaucoup trop d’efforts ! Je suis toujours la à essayer de plaire aux gens sans succès ! Je n’arrive pas à m’entendre avec les membres de ma famille ! Je n’ai pas le moindre ami (pure exagération puisque je l’avais lui, et Sybille également) je suis tout ce qu’il y a de plus détestable dans ce bas monde et je suis lasse de tout ceci tu sais !

Il me prit les mains dans les siennes. Elles étaient chaudes et accueillantes. J’eus honte de mes mains moites.

– Mimie, des fois, le problème ne se trouve pas à l’extérieur mais à l’intérieur de toi.

J’essayai de comprendre.

En vain.

– Que veux-tu dire par là ?

– Je veux dire que tu as une âme extraordinaire et qu’il est grand temps que tu t’en rendes compte ! Tu es capable de beaucoup de choses et tu en es inconsciente ! Tout ce qui t’arrive la maintenant, tu as la capacité de tout changer !

Je sentais déjà des larmes me picoter les yeux.

– Mais…comment ?

Il leva mes mains et les posa sur mon cœur.

– En commençant par aimer cette Mimie détestable que tu te crois être. Je suis sûr que tu as beaucoup à apprendre sur elle. C’est cette Mimie là qui va t’aider à transformer ce village sombre qu’est ta vie en ce moment en un havre de paix. Si tu l’aimes de toutes tes forces, tu pourras être capable d’aimer ton entourage, d’aimer la vie, de voir le bon côté des choses…

Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Je peux vraiment changer tout ça… À force de ne pas m’accepter, je m’étais bandée moi-même les yeux…

– Merci beaucoup… J’en avais vraiment besoin.

– Je sais…

Il passa ses pouces sur mes joues pour chasser les larmes et me fit un baiser sur le front.

– Tu veux qu’on aille manger un truc avant de rentrer ?

– Oh oui, du griot please.

Cappucine.