Mes très chers parents…

J’étais en colère. Ce n’était pas la première fois qu’elle se permettait de me faire ce coup-là mais là j’en avais assez. Cette fois, j’avais la certitude que c’était pour la dernière fois que je revoyais Will Valley ou même le peu d’amis que j’avais tant bien que mal réussi à me faire.

– Tu l’as cherché Elodie.

La voix de Madeleine était rêche tout comme son visage. Ses cheveux afro épais étaient tordus comme des lianes sur son crane ; ce qui était très logique puisqu’elle n’en prenait jamais soin. J’avais mal au cou. J’essayai de me masser tant bien que mal pour dissiper la douleur. Franck n’a pas eu la main légère cette fois ci…

Je savais que tôt ou tard cela allait arriver. Mais pour qui se prenaient-ils ? Ils n’étaient quand même pas mes parents biologiques.  B on…logiquement a quoi j’aurais dû m’attendre ? A avoir une famille adoptive aimante et chaleureuse ? La belle blague.

Tout allait bien pourtant. Je m’étais contentée de faire ce qu’on me demandait à faire. Cela se résumait au ménage, a la vaisselle, les courses etc. Je n’avais pas d’amis et je n’en avais pas vraiment besoin non plus. Je n’avais pas de temps pour ça non plus d’ailleurs. Avec les taches ménagères et mes cours, c’était quasi impossible.

Jusqu’à Manuel.

Il est sorti de nulle part, non sérieusement de NULLEPART.

Et ça a été comme une révélation.

Il m’a fait voir à quel point ma situation n’était pas normale, qu’on me traitait mal et que, quoique je leur devais tout mon respect parce qu’ils ont choisi de m’héberger chez eux, je devais m’opposer à ce genre de traitements…

Et puis l’inévitable est arrivé.

Pas si inévitable que ça en fait, c’était prévisible.

Je suis tombée amoureuse de Manuel.

Ce n’était pas réciproque mais je m’en foutais.

L’amour que je ressentais pour lui était la et c’est tout ce qui comptait.

J’ai commencé à rencontrer d’autres gens, à lier connaissances, puis j’ai été voir la psy du collège. Mon cas l’a tellement intéressé qu’au bout d’une année, elle me considérait comme sa fille,  et moi  comme ma mère.

Bien sûr que mes parents adoptifs n’étaient au courant de rien.

Manuel ne voulait toujours pas s’engager avec moi.

Moi, je vivais sous un ciel bleu, des papillons au ventre et l’amour plein le cœur.

Tout allait bien jusqu’à ce qu’ils me surprennent en train d’embrasser Manuel un  soir.

– Trainée, que fais-tu avec lui à cette heure en train de vous échanger la salive ! , avait demandé Madeleine.

– Toi jeune homme je t’avais prévenu de rester loin d’elle ! , avait rugi Franck.

Manuel a pris peur et s’est enfui. Me laissant toute seule au combat.

C’est là aussi que j’ai reçu ma première gifle. Pour ça, ça en était une. Une vraie gifle. La « patte » de Franck avait laissé cinq doigts bien dessiné sur ma joue droite.

Ma psy/ maman, Aurèle, en fut verte de rage. Elle alla contacter les gens de l’assistance sociale pour qu’on règle immédiatement la situation.

Le soir du jour ou un représentant était venu parler avec Franck (pas de chance) ce dernier me monta dessus dans la chambre avec une grosse ceinture. Il m’a tourné sur le ventre, les fesses à l’air et m’a donné la raclée de ma vie. Je me sentais comme Anastasia Grey mais en moins glamour et dans une situation totalement différente.

J’ai passé une semaine sans pouvoir m’asseoir.

Et c’est là que j’ai décidé de m’enfuir.

A deux reprises.

La première fois, ça a été un échec total. On m’a repéré une vingtaine de minutes après.

Mais là, avec Aurèle, on y était presque bon sang ! On avait presque failli nous enfuir quand la fourgonnette de Frank est sortie de nulle part et nous est  rentré dedans.

– On y est !

De grosses gouttes de sueurs perlaient sur son front. Elle me poussa hors de la voiture et je pus constater que j’étais au milieu de nulle part. Littéralement.

Peu de temps après, Franck arriva avec Aurèle, liée des mains.

-Ne la faites pas de mal !, hurlai-je comme si cela pouvait servir à quelque chose.

Madeleine me fit valser  par terre dans une marre de boue fraiche. Franck en fit de même avec Aurèle et je m’élançai vers elle. Elle pleurait et moi aussi. C’était de ma faute. C’est moi qui l’avais entrainée dans cette situation.

Le bruit d’un fusil de chasse qu’on chargeait nous fit lever la tête à toutes les deux.

Madeleine et Franck abhorraient un sourire plutôt mauvais et étaient munis chacun d’eux d’un fusil. Ce fut Madeleine qui fut la seule à prendre la parole.

– Tu es la seule parmi toutes celles qu’on a adopté à avoir pris plus de temps à se rebeller mais également celle qui nous a causé plus d’emmerdes. Le jeu s’arrête là.

Franck partit d’un rire très diabolique.

– A toi l’honneur ma chérie.

Ma dernière pensée alla directement vers Manuel.

Au moins au cours de mon existence j’ai aimé.

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